« Fish can run but can’t hide »

 

                               Le jeudi 21 mai 2015 se tenait à Aix-en-Provence une conférence mettant en scène le célèbre Paul Watson, canadien, ancien membre de Greenpeace et fondateur de Sea Shepherds (« Bergers de la mer »). Traduit par la présidente de Sea Shepherds France, Lamya Essemlali, Paul Watson nous délivre dans cette conférence le témoignage d’un homme qui se bat depuis des années pour protéger la faune marine, et à plus large échelle la nature dans son ensemble.

                Watson entame son discours par un constat alarmant, que Cousteau à son époque faisait déjà : l’océan est en train de mourir. Or nous rappelle Watson, si l’océan meurt, on meurt aussi, puisque 80% de notre oxygène provient des océans, et plus particulièrement du phytoplancton. Une baleine produit environ 3 tonnes d’excréments par jour, ce qui représente 3 tonnes de nitrogène et de fer qui nourrissent le phytoplancton, qui lui-même nourrit le zooplancton qui à son tour sert de repas aux baleines et aux poissons. En massacrant les baleines, l’homme rompt ainsi un système circulatoire primordial et se prive par la même d’une ressource essentielle d’oxygène. Ainsi, depuis les années 80, 40% du phytoplancton ont été perdus. Dans le même ordre d’idée, Watson déplore le massacre des phoques, qui selon lui ne permettra certainement pas qu’il y ait plus de poisson dans nos eaux.    

                Paul Watson dénonce ainsi l’action de l’homme, qui détruit de nombreux systèmes naturels pour son propre confort. L’homme prend à la nature, mais ne lui donne rien en retour. Certaines espèces seraient, selon Watson, si indispensables au bon fonctionnement de la nature que si elles venaient à disparaitre, c’est tout le système qui s’effondrerait. C’est pour cela qu’il affirme par exemple que « les vers sont plus importants que les hommes », phrase qui a soulevé la controverse parmi ses détracteurs, mais qui pourtant part d’un constat plutôt objectif : les vers sont plus utile à la nature que l’homme ne l’est.

                Un déplorable constat est aussi souligné par le canadien : l’homme, au lieu de réagir, s’adapte. Ainsi par exemple en 1965 au Canada personne n’aurait accepté de boire dans une bouteille en plastique. Aujourd’hui c’est la norme, l’homme s’adapte à ce que le marché lui dicte. Face à la baisse de poisson et à l’augmentation de sa demande, l’homme adapte aussi ses techniques de pêche et utilise des filets et des lignes longs de plus de 100 km, des chalutiers de fond ou encore des aspirateurs à poisson géants. On a développé une technologie apte à traquer le poisson. Watson dénonce avec désolation une phrase qu’on lui a un jour dite : « Fish can run but can’t hide », le poisson peut fuir mais ne peut pas se cacher. Watson déplore cette inconscience de l’homme, qui est en train de perdre la nature et qui au lieu de se battre pour elle s’adapte à la diminution qu’il cause.

                Watson souligne aussi la responsabilité des dirigeants, dont les décisions favorisent la pêche abusive et les excès en tous genre. Les conséquences des décisions gouvernementales concernant la pêche sont ainsi directement visibles. Prenons l’exemple des pirates somaliens qui sont d’anciens pêcheurs qui ont vu des bateaux chinois, espagnols ou encore russes venir vider leurs eaux, les privant ainsi de leur métier en plus de leur nourriture.

                La plupart des Etats restent indifférents, ou du moins inactifs, face au problème que représente la surpêche. Ainsi lors de la traque de Sea Shepherds des « Bandit 6 », six bateaux pirates connus de tous pour leur pêche illégale, les Etats à qui l’association avait demandé de l’aide leur ont simplement répondu qu’ils ne pouvaient rien faire, à l’image de l’Australie. C’est donc seuls avec les bateaux de l’association que les membres de Sea Shepherds ont traqué et fait cesser les activités de ces six « Bandits ».

                Chaque année, 76 milliards de dollars sont dépensés en subventions pour la pêche industrielle, le tout dans une logique que Watson appelle l’ « économie de l’extinction ». Des entreprises comme Mitsubishi détiennent entre 10 et 15 ans de stocks de poisson, mais plutôt que d’arrêter de pêcher pour les 10 ans à venir et de vendre leurs stocks afin de permettre à la faune marine de se reconstituer, ces firmes préfèrent faire des billions de bénéfices en contrôlant les prix et les quantités sur les marchés. Watson explique qu’en fonctionnant ainsi, on prépare un avenir sans poisson.

                C’est aux gouvernants qu’il incombe de faire changer les choses, mais Watson constate que les gouvernants sérieux et courageux ne viennent ni des Etats-Unis, du Canada ou encore de l’Europe, mais de pays comme le Bengladesh qui n’ont que peu de poids sur la scène internationale. Pour qu’une conférence sur le climat et sur le développement durable ait un véritable impact il faudrait qu’elle soit portée par des Européens, or selon Watson ces conférences ne servent pour le moment qu’à inventer de nouvelles taxes plutôt inutiles.

                Tout le monde veut que les choses changent, mais personne ne veut changer. Pourtant il serait simple de solutionner les problèmes d’aujourd’hui. Si l’on établissait des moratoires sur la pêche, on pourrait ramener de la biodiversité sur la planète. Ainsi les meilleures années pour le poissons ont été les années de Guerre Mondiale et de guerre civile américaine, puisque la pêche était mise entre parenthèse pendant ces années de conflit, et que les baleiniers étaient envoyés par le fond. Ensuite, 80% du poisson sert à nourrir les animaux domestiques et d’élevage. Les poulets d’élevage mangent plus de poisson que les chats. De plus, 51% des émissions de gaz à effet de serre sont produits par l’industrie agricole. Cependant, personne ne veut entendre cette réalité, parce que l’agriculture d’élevage est devenue la norme et que l’homme s’est adapté, et qu’il ne veut pas changer ses habitudes.

                Par ailleurs, l’homme ne menace pas seulement la mer, mais la biodiversité dans son ensemble. Il existait auparavant plus de 600 espèces de pommes de terres et plus de 500 espèces de pommes et de bananes, mais elles n’étaient pas intéressantes d’un point de vue marketing alors on les a abandonnées pour ne produire qu’une dizaine d’espèce grâce à la technique de la monoculture. Une fois encore, Watson rappelle que l’homme prend ce qui l’intéresse mais ne donne rien en retour, si ce n’est la promesse d’un avenir sans biodiversité.

                Ainsi, Paul Watson conclue en soulignant que l’homme aurait tout intérêt à respecter les autres espèces et à partager avec elles. L’anthropocentrisme de l’homme entrave sa compréhension des autres formes d’intelligences. Par exemple, le cerveau des baleines possède 4 lobes alors que le cerveau humain n’en possède que 3, ces espèces ayant un comportement social et une capacité à communiquer qui nous dépasse encore. C’est donc dans une logique biocentrée qu’il faudrait ré-appréhender le monde si nous voulons continuer à y vivre.

Julie, APNA 

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